xavier goulard

UNE BELLE HISTOIRE

 

J’étudie le piano dès l’âge de quatre ans. Puis le violon. Sans conviction. Je suis doué, dit-on, mais je ne me sens pas l’âme d’un instrumentiste.

 

J’ai 10 ans.

 

Mon parrain m’offre le Requiem de Mozart. Et “Thrène à la mémoire des victimes d’Hiroshima” de Penderecki ! Un grand écart qui fait naître pourtant une aspiration profonde :

 

C’est décidé, je ferai compositeur et chef d’orchestre.

 

MAIS…

Mon environnement familial me préfère des études conventionnelles là où cette aspiration aurait réclamé un enseignement artistique plus précoce. En secret je me nourris des œuvres des compositeurs classiques et contemporains. La nuit j’écoute sous mes draps les retransmissions de concerts de France Musique.

 

J’ai 14 ans.

 

Théâtre des Mathurins. Le “Voyageur sans bagage”, de Jean Anouilh avec Daniel Ivernel. Un choc ! Indicible. Définitif.

 

C’est évident ! Je suis comédien !

 

Étrange sentiment que me soit révélé ce jour-là ce qu’il me semble avoir été de tous temps. Mais inutile d’y rêver. Si la musique est juste tolérée, la comédie ne le sera pas. Je me tairai donc.

Adolescent j’use les strapontins des grandes salles de concerts. Les premières parties, placé au poulailler. Parfois derrière un pilier. Les secondes dans un fauteuil d’orchestre laissé libre par un désistement opportun.

Et je sèche des cours pour entrer dans les salles de cinéma par les portes de sorties ! J’y visionne des films parfois plusieurs fois de suite. Entre 14 et 20 ans je verrai environ 100 films par an.

PASSE TON BAC… 

 

Je passe péniblement un Baccalauréat littéraire. Puis une année de préparation aux Grandes Ecoles de Commerce. Enfin je m’apprête à m’inscrire à Sciences Pô… Et je décide de stopper ce parcours accompli à contre cœur.

 

J’entreprends des études musicales d’écriture. Le désir du comédien étant passé à la trappe à force d’enfouissement.

ET SURPRISE ! 

 

J’ai 25 ans.

 

Je m’inscris… au Cours Florent. Enfin !

 

Une année merveilleuse. Inoubliable. Pleine de grâces. En fin de première année je participe à l’audition publique de la classe libre. À l’Espace Cardin. Je joue Prokofiev à l’âge de 70 ans dans “Master Class”. Une pièce de David Pownall.

 

François Florent m’avait proposé de l’accompagner en Angleterre pour assister à ce spectacle. Et il a su m’offrir d’exprimer ainsi tous mes talents. Il me demande de composer la musique de la scène. Ainsi que la musique d’entrée de cette soirée.

 

Dès le lendemain de cette représentation, je suis appelé par deux agents artistiques.

Artmédia et Gilles Merlé. Je choisi d’être accompagné par Gilles Merlé. Et je débute ma carrière de comédien.

ALORS… 

 

Harmonie, contrepoint avec Jeannine Rueff, Grand Prix de Rome. Enseignante au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris.

 

Direction d’orchestre et orchestration avec Jean-Sébastien Béraud. Enseignant également au CNSMDP.

 

Cinq années d’un travail acharné. Je ne quitte mes travaux que pour étudier les partitions des autres, aller au concert et inlassablement courir les derniers films.

 

Devant l’un de mes devoirs d’harmonie, sans doute bâclé, mon professeur me dit :

“beau comme tu es, tu devrais plutôt faire comédien”!! 

 

À vouloir me réprimander, ce grand prix de Rome m’a libéré.

DECIDEMENT…  

 

Cette maladie sans nom que je traîne depuis ma tendre enfance continue de me faire cruellement souffrir. La médecine ne trouve pas à m’en soulager. Des malaises fréquents me fatiguent. Me fragilisent. Je fais l’un de ces malaises sur scène devant 3000 personnes au Palais des Sports. Je profite de mes cachets gagnés sur ce spectacle de Robert Hossein pour monter mon “home studio”. Décidément le comédien dont je ne doute pas que je le suis depuis toujours, va devoir attendre.

 

Je me plonge dans la musique et partage mon temps entre les projets personnels et les commandes qui arrivent rapidement.

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L’ERMITE…

 

Très vite, je choisis de m’évader de Paris pour m’installer à la campagne. Je préfère à l’agitation urbaine, un environnement plus propice aux chemins de l’inspiration. Et du silence. Mes projets d’albums personnels se succèdent à intervalle régulier  :

 

Voices, Passport, Magic Toys, Animalism, Lirica et l’Instimiste, Nouvelles.

    

Ces projets dévoilent les facettes multiples de mon inspiration. J’y révèle mon sens de la mélodie. Je suis comme « obsédé » par les premières notes d’un thème : celles, qui révèlent en quelques instants la grâce et la simplicité d’une inspiration juste.  Et qui n’a d’autre but que de toucher le cœur.

 

Je m’exprime aussi dans d’autres domaines. Une quarantaine de publicités, plusieurs dizaines de génériques et habillages radio TV, théâtre, cinéma etc.

Ces musiques directement issues de mes projets personnels ou répondant à des commandes précises seront largement utilisées en France et dans le monde dans tous les medias.

 

Je travaille ainsi en « ermite » pendant vingt ans. Si mes projets sont la face visible de l’activité du compositeur, les temps que j’accorde au silence et à l’étude spirituelle en sont la face discrète. Celle-ci fera naître une nouvelle exigence : joindre l’exercice de mon art à cette aspiration spirituelle.

 

C’est ainsi que naquit le projet :

 

REQUIEM - ORATIO 

 

Vingt ans d’un travail musical acharné, passionné. Mais vingt années à devoir apprivoiser la nostalgie permanente et parfois douloureuse de ne pouvoir exercer ma vocation de comédien en raison de cette maladie.

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J’ai plus de 40 ans.

 

Je guéris finalement.

 

Ma fille Marlène, comédienne, à qui je fais répéter ses scènes de théâtre avant qu’elle n’entre au Conservatoire National Supérieur d’Art dramatique, me pousse à reprendre ce que j’aurais voulu ne jamais quitter.

 

Après  l’écriture  et l ’enregistrement  de  mon  REQUIEM,  le  comédien  renait !

 

Un stage  de trois semaines chez Damien Acoca a révélé que le comédien avait grandi pendant tout ce temps… Sans avoir exercé. Je vis un état de jubilation.

 

Premier casting, première pub. Avec Elie Chouraqui.

 

150 castings suivront sur 3 ans !

 

En l’an de grâce 2011

 

Jean Dell, ami comédien et auteur, me présente à Jean-Luc Moreau. Pour un rôle conséquent dans sa pièce « Un stylo dans la tête ». Je suis le premier des cinq comédiens qui passent l’audition. Je dis à mon ami Jean Dell mon impatience… tout en reconnaissant que mes chances sont très minces face à des comédiens qui ont 20 ans de métier !

 

Mon trac est maximal. Je suis assis devant Francis Perrin. À la première réplique, je capte un éclat dans son oeil. Ce quelque chose d’indéfinissable qui vous fait en un instant espérer le meilleur et vous offre la joie de ce qui se vit.

 

Je sors de cette audition en ayant l’impression de planer à dix centimètres au-dessus du sol… Mais il reste à l’équipe de la pièce quatre autres comédiens à entendre.

 

Jean Dell qui assiste à cette audition, me tient informé minute par minute de ce qui se passe. Les SMS se ressemblent. Le premier : « tu es dans la course », puis trois autres suivent : « tu es toujours dans la course ».

 

Et le dernier : « Jean-Luc va t’appeler… »

 

Ma joie est immense.

 

Le premier jour de répétition au Théâtre des Nouveautés, j’arrive très en avance dans la salle du théâtre. Je pose la main sur le dossier d’un siège rouge, qui me répond :

« tu es le bienvenu chez toi ».

 

Jean Dell, Jean-Luc Moreau et Francis Perrin savent toute ma reconnaissance.

 

2014 - 2016

Jean-Luc Moreau et Michel Leeb me font à nouveau confiance pour le rôle d’un personnage fugace mais marqué dans LE TOMBEUR. Deux ans de joie à Paris et dans toute l’Europe francophone. Que du bonheur !

👉

LA SUITE…

 

Le compositeur reprend du service pour se mettre au service du premier album de sa fille Marlène.

 

Le scénariste se lâche dans un moyen métrage de 48 minutes :

 

LE CANTIQUE réalisé par…  Marlène.

 

LE CANTIQUE, sélectionné officiellement dans plusieurs festivals à l’étranger et déjà récompensé au Festival Largo Films :

 

MEILLEUR REALISATEUR : MARLÈNE GOULARD

© xavier goulard 2017