xavier goulard

compositeur

extraits du requiem

tango finitio

requiem

oratio

REQUIEM

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A l’occasion d’une précieuse rencontre, dont le hasard se fait l’instrument docile, avec un éminent Professeur d’Oncologie, je consacre de mon temps, de ma présence et de mon écoute aux personnes en état de souffrance, aux malades en fin de vie, dans un service Hospitalier Parisien.

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Parce que l’exercice d’un art cède parfois à la tentation de l’efficacité, laissant l’âme de l’artiste insatisfaite, parce que la recherche d’une reconnaissance aussi légitime soit-elle n’a que sa fugacité à offrir en retour, parce que les automatismes font perdre de vue l’essentiel, parce qu’enfin l’artifice de “l’ordinaire” me met mal à l’aise et m’empêche d’approcher l’autre dans la banalité du quotidien, j’ai pris le temps sans bravoure de le rencontrer dans son épreuve: là où les codes sociaux n’ont plus cours, là où les petites duperies se révèlent stériles tant la gravité de l’instant appelle la révélation de l’authentique.

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Visiter les malades en fin de vie, entrer dans les chambres que les plus proches eux-mêmes désertent, oblige à se regarder toujours plus humble, oblige à s’offrir toujours plus effacé devant cette vie qui s’éteint.

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Les vérités s’expriment sans subterfuge, sans romantisme, avec simplicité, dans un partage gratuit, sans autre but à atteindre que de marcher quelques pas ensemble vers cette “grande inconnue”

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Il n’y a ici rien à dire, rien à prévoir, rien à apprendre; juste “être avec”. Même la volonté de bien faire est inutile et prétentieuse.

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Passé la gravité de la situation, le silence, loin de peser, y est toujours plus lumineux que la parole futile d’un quotidien qui finit par n’engendrer que l’oubli de soi.

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Il n’y a plus à prendre soin que des blessures intimes pour mieux tenter de guérir sa vie.

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Dans cet espace sacré, le mensonge n’a pas sa place; le cœur s’exprime sans retenue, parce que l’amour n’avance plus masqué.

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Le Professeur d’Oncologie m’encourage à témoigner par l’écrit de mon passage dans ce service. Je préfère l’abstraction de la musique.

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Au fil des mots sont naturellement nés les premiers thèmes d’un Requiem rêvé depuis l’enfance.

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Cette aspiration vers le sacré, et les secrets de cette “période”, s’expriment ici sans réserve parce que la musique dans l’abstraction de son expression ne risque pas de trahir ceux qui furent quelques semaines, quelques jours, quelques instants parfois, de vrais compagnons.

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Je souhaite donner un sens élargi à une œuvrequi sort quelque peu d’un schéma habituel : Oh je n’ai pas eu l’intention de révolutionner le genre! On retrouve ici les repères conventionnels: Kyrie, Dies Iræ, Pie Jesu, Libera me, Lux Æterna et… Requiem. Les changements sont plus de l’ordre de l’intention générale. Je n’ai pas voulu ce Requiem, un “messe des défunts”. Chacun de ses titres est le signe du combat entre la vie et la mort, le désespoir et la joie, le chaos et la paix, la souffrance et sa rédemption.

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Le premier morceau Finitio est un Tango; cette danse est peut-être celle qui le mieux, illustre toutes les phases d’une vie, celle par laquelle les sentiments humains les plus excessifs peuvent se succéder ou se croiser sans convention. Dans cet hommage rendu à ceux qui combattent, le Miserere s’imposait de lui-même après cette danse de la vie. Audivit Dominus exprime cet appel des Psaumes, entendu tout au long de l’œuvre: “Seigneur, entend ma voix”. Lumen de Lumine, au cœur même du Requiem, est le rappel de cette Lumière toujours espérée. Le morceau traditionnel Requiem est volontairement placé à la fin de l’œuvre: il n’est plus tout à fait la supplication coutumière, mais la ponctuation des luttes successives, pas seulement une complainte “post mortem”, mais l’instant même de l’ultime passage et la rédemption qu’il appelle.

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Chaque part de cette œuvre doit faire jaillir la lumière de l’ombre.

J’ai joint à ce Requiem, une prière : Oratio

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ORATIO

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Oratio est la prière de ceux qui restent: les grands oubliés de la forme classique du Requiem. Le plus délicat des rencontres dans ce service Hospitalier fut sans doute l’accompagnement de ceux qui demeurent tourmentés par l’absence. De la supplique à l’abandon, de la nuit à l’espoir déçu, jusqu’à l’arrachement final, la dignité dont chacun peut fait preuve n’inspire que l’humilité et le respect qu’on se souhaite en pareille circonstance. C’est à cette part édifiante d’humanité, que j’ai souhaité rendre ici un vibrant hommage.

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La parole essentielle de cette prière est la traduction russe du Kyrie – Seigneur Prends Pitié, aussi traduit par Seigneur Offre-Moi Ta Lumière -: Gospodi Pomiluj. Le thème musical est d’inspiration slave. Je garde en mon cœur le souvenir profondément ancré des premières liturgies orthodoxes que j’ai écouté en boucle dans mon enfance. Le “Herouvimska” de Dobri Christov ou le“Credo” d’Alexandre Gretchaninov entretiennent ce sentiment de paix, cette intuition de la présence divine qui adoucirent les épreuves délicates de cette période de ma vie.

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Le dernier texte de cette prière, Maranatha, au-delà du Requiem, prolongeant Oratio, souligne l’Espérance: signe de foi en la Lumière Divine.

Marlène Goulard

Voix “Trebble” et Violon électrique 5 cordes

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Caroline Casadessus

Soprano

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Pierre Vaello

Ténor

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Olivier Douce

Producteur

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comédien

Danielle GAIN chez CINEART

82 boulevard Sébastopol

75003 PARIS

tel 01 56 69 33 00

fax 01 45 61 13 38

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scénariste - réalisateur

Un film documentaire

 réalisation : Marlène et Xavier Goulard

Un film de 48 mn

Festival Largo Film - Belgique - Meilleure réalisatrice

Festival TINFF - Canada - Meilleur Film

réalisation : Marlène Goulard

scénario et musique : Xavier Goulard

casting : Delphine Rollin et Xavier Goulard

Madame ACARIE

© xavier goulard 2019